Le Parlement algérien a validé, ce lundi 9 mars 2026, une version remaniée de la loi criminalisant la colonisation française. Si le texte maintient la responsabilité juridique de la France dans les « tragédies » du passé, il écarte désormais les demandes de réparations financières et d’excuses formelles, signalant une évolution notable dans la gestion du dossier mémoriel.
Adoptée initialement en décembre 2025 dans un climat de forte ferveur patriotique, la législation sur la criminalisation de la colonisation vient de connaître un tournant législatif majeur. Réunie en commission paritaire, la chambre haute du Parlement (le Conseil de la Nation) a obtenu la suppression de clauses jugées sensibles, notamment celles exigeant des excuses officielles et des dédommagements généralisés de la part de l’État français.
La souveraineté au-dessus des « avantages matériels »
Ce recul sur les réparations financières n’est pas une surprise pour les observateurs de la scène politique algérienne. Le président Abdelmadjid Tebboune avait déjà précisé par le passé que l’attente de l’Algérie résidait dans la « reconnaissance des crimes » plutôt que dans une compensation pécuniaire.
Faouzi Bendjaballah, rapporteur de la commission chargée des amendements, a justifié cette position en affirmant que la mémoire des « millions de martyrs » ne saurait être bradée contre des compensations matérielles. Pour l’État algérien, il s’agit de placer le débat sur un plan purement moral et historique, sanctuarisant ainsi la souveraineté nationale face à toute interprétation mercantile du passé.
Ce qui reste dans la loi : les essais nucléaires et le cas des harkis
Si le texte s’assouplit sur certains points, il reste inflexible sur d’autres :
- Le dossier nucléaire : L’article exigeant des indemnisations pour les victimes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien demeure inchangé. Ce volet reste une priorité juridique et sanitaire pour Alger.
- La qualification des harkis : Le texte opère un glissement sémantique symbolique. La collaboration des harkis avec l’armée française est désormais qualifiée de « trahison » simple, là où la version précédente utilisait le terme de « haute trahison ».
Un signal de dégel diplomatique ?
Le vote de la version initiale en 2025 s’était déroulé en pleine crise diplomatique, consécutive au changement de position de la France sur le dossier du Sahara occidental à l’été 2024. Cependant, depuis février 2026, les relations entre Alger et Paris semblent entrer dans une phase de recalibrage. La visite récente du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a marqué une première étape vers un dialogue plus apaisé.
En retirant les conditions les plus susceptibles de bloquer toute avancée diplomatique (les excuses et l’argent), le Parlement algérien semble privilégier une approche pragmatique. L’objectif reste d’ancrer dans le marbre législatif la « responsabilité juridique » de la France pour la période 1830-1962, tout en laissant la porte ouverte à une normalisation des relations bilatérales.
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