C’est la fin d’une ère pour l’Institut du Monde Arabe (IMA). Après douze années passées à la tête de l’institution, Jack Lang a officiellement proposé sa démission au ministère des Affaires étrangères le samedi 7 février 2026. Cette décision intervient dans un climat de forte pression politique et judiciaire, alors que le nom de l’ancien ministre de la Culture apparaît de manière récurrente dans les récents développements de l’affaire Jeffrey Epstein.
Un départ pour « préserver l’institution »
À 86 ans, Jack Lang quitte ses fonctions par une lettre adressée au ministre Jean-Noël Barrot. L’ancien ministre de François Mitterrand justifie ce choix par la volonté de protéger l’IMA des polémiques qui l’entourent.
« Afin de préserver l’Institut du Monde Arabe et son travail exemplaire et de pouvoir sereinement récuser toutes les accusations qui m’assaillent, je propose de remettre ma démission ».
Cette annonce fait suite à une semaine de turbulences inédites. Le nom de Jack Lang a en effet été cité à 673 reprises dans les documents de l’affaire Epstein récemment dévoilés par la justice américaine. Les échanges portent notamment sur une société offshore, « Prytannée », créée en 2016. Si Jack Lang soutient être « blanc comme neige » de tout acte répréhensible, la pression politique est devenue intenable.
Une accumulation de dossiers judiciaires
Outre les révélations liées au dossier Epstein, la situation de Jack Lang s’est compliquée avec l’ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet national financier (PNF) pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée ». Cette procédure concerne à la fois l’ancien ministre et sa fille, Caroline Lang.
L’Élysée s’est saisi du dossier dès le dimanche 8 février, demandant au Quai d’Orsay, qui finance l’IMA à hauteur de 12 millions d’euros annuels, de convoquer le président de l’Institut. Invitée sur le plateau de Public Sénat ce lundi 9 février, la ministre déléguée Eléonore Caroit a confirmé que le gouvernement « prenait acte » de cette démission, tout en refusant de se prononcer sur la culpabilité de l’intéressé afin de ne pas « politiser une affaire judiciaire ».
Quelle suite pour la présidence de l’IMA ?
Le départ de Jack Lang ne sera formellement effectif qu’après la tenue d’un conseil d’administration extraordinaire. En raison de la présence de 14 membres, dont la moitié représente des pays arabes (Arabie Saoudite, Qatar, Maroc…), un délai d’une semaine est nécessaire pour convoquer l’instance.
La question de la succession est désormais ouverte. Plusieurs noms circulent déjà dans les couloirs du pouvoir :
- Michel Barnier et Jean Castex : deux anciens Premiers ministres dont les profils d’hommes d’État sont régulièrement cités.
- Sabrina Agresti-Roubache : ancienne ministre d’origine algérienne et proche du couple présidentiel, dont le profil culturel et diplomatique pourrait séduire.
Le choix final reviendra au président de la République, Emmanuel Macron. Ce dernier devra nommer une personnalité capable de maintenir l’équilibre diplomatique et culturel de ce haut lieu de la rive gauche parisienne, après une présidence marquée par le réseau international étendu de Jack Lang.