France : le guide « Moi, la jeune musulmane » frappé d’une triple interdiction

moi la jeune musulmane

À la veille de sa parution, un manuel de 25 pages destiné aux adolescentes musulmanes a été interdit aux mineurs par le ministère de l’Intérieur. Invoquant la protection de la jeunesse, les autorités dénoncent un contenu incitant à la discrimination et au repli communautaire.

C’est une décision rare qui s’appuie sur la loi de 1949 relative aux publications destinées à la jeunesse. L’ouvrage intitulé « Moi, la jeune musulmane », publié par les éditions Ibn Badis, fait désormais l’objet d’une mesure de restriction sévère. Le ministère de l’Intérieur a tranché : le livre ne peut être vendu aux moins de 18 ans, ne peut faire l’objet d’aucune publicité et sa mise en avant à la vue du public est désormais proscrite.

Un contenu jugé « alarmant » par les autorités

Si l’éditeur présente ce livret comme un support d’accompagnement spirituel destiné à aider les jeunes filles à « renforcer leur lien avec Allah », le regard de l’administration est tout autre. Saisie du dossier, la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence (CSCPJ) a rendu un avis défavorable le 11 février 2026.

Selon l’instance de contrôle, plusieurs passages sont susceptibles de « nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral » des lectrices. Les griefs portent notamment sur une vision du monde jugée hostile envers la société occidentale. Le texte exhorte en effet les jeunes filles à ne pas imiter les Occidentaux, que ce soit dans leurs croyances, leurs coutumes ou même leur façon de s’habiller et de parler. Un passage cite par ailleurs une mise en garde religieuse à l’encontre des femmes adoptant des comportements masculins.

Entre repli domestique et « messages équivoques »

Au-delà de la méfiance envers l’Occident, la Commission a pointé du doigt des formulations incitant à une forme d’isolement social. L’ouvrage explique ainsi que la maison est un « paradis » dont la jeune fille ne doit sortir qu’en cas de nécessité absolue, avec l’aval parental. Pour les autorités, ces écrits constituent des incitations à la discrimination, tant envers les femmes qu’envers certaines catégories de la population.

Face à ces critiques, la maison d’édition Ibn Badis a tenté d’apaiser la situation. L’éditeur a reconnu que certaines formulations pouvaient être interprétées de manière « sensible » ou « équivoque », menant à une perception stigmatisante qu’il affirme ne pas avoir recherchée.

Des engagements jugés insuffisants par Beauvau

Pour éviter l’interdiction totale aux mineurs, Ibn Badis a proposé plusieurs ajustements de dernière minute :

  • Transformer le manuel en un « ouvrage d’orientation religieuse destiné aux adultes ».
  • Ajouter une introduction pour contextualiser le cadre purement spirituel et individuel des conseils.
  • Cesser toute promotion sur les supports destinés aux jeunes.

Cependant, ces propositions n’ont pas convaincu la place Beauvau. Le ministère de l’Intérieur a estimé que ces promesses n’étaient assorties d’aucune garantie concrète de mise en œuvre, maintenant ainsi les restrictions sur cet ouvrage dont la diffusion auprès de la jeunesse est désormais légalement bloquée en France.

Catégories