Elle s’appelait Asma Oumaïma Moumna. Elle n’avait pas encore seize ans. Aujourd’hui, elle devrait être en classe, à préparer son avenir avec ce sérieux que ses professeurs lui connaissaient tant. Au lieu de cela, Asma est sous terre, à Chlef, son corps brisé par une violence qu’aucun mot ne peut qualifier sans trembler.
Ce drame n’est pas un simple fait divers. C’est un échec collectif. C’est le récit d’une enfant qui a hurlé sa peur, qui a désigné son bourreau, et que notre société a poliment raccompagnée vers la mort.
Le martyre d’une enfant sous les yeux de tous
L’horreur ne date pas de la fin janvier 2026. Pour Asma, le calvaire durait depuis des années. Son père, un homme dont le radicalisme n’avait d’égal que la brutalité, avait déjà transformé le foyer en chambre de torture.
Souvenons-nous : l’année dernière, cet homme avait déjà été incarcéré six mois. Son crime ? Avoir arraché des morceaux de chair à sa propre fille avec une pince. Ce sont ses camarades qui avaient donné l’alerte. Pourtant, après six petits mois, il était de nouveau libre. Libre de reprendre son emprise. Libre de terroriser une mère et ses enfants.
« Il va me tuer » : Le cri qu’on a refusé d’entendre
Le jour de son assassinat, Asma savait. Elle est arrivée au lycée en détresse absolue. Elle l’a dit aux adultes, elle l’a dit aux autorités : « Mon père va me tuer. » Ce n’était pas une intuition d’adolescente, c’était le constat lucide d’une victime qui voyait la lame s’approcher.
Qu’a fait le système ? Il a convoqué le bourreau. Il lui a fait signer un « engagement », un simple morceau de papier où un homme violent promet de devenir doux. Malgré ses larmes, malgré ses supplications désespérées à la gendarmerie puis à la police pour ne pas retourner dans cette maison-prison, elle lui a été rendue. Au nom de quoi ? Au nom de « l’autorité paternelle ». Au nom d’une « cellule familiale » devenue toxique.
Quelques heures plus tard, le papier ne servait plus à rien. Le père a massacré Asma à coups de fourche. Un crime d’une sauvagerie telle que son corps n’a pu être exposé. Son message après l’acte, d’un cynisme glacial : « Je me suis débarrassé d’elle. »
La « Sacralité du foyer » : Le bouclier des bourreaux
Si Asma n’est plus là, c’est parce qu’en Algérie, les institutions privilégient encore trop souvent la médiation familiale au détriment de la protection pénale. On traite des crimes comme de simples « conflits domestiques ». On demande à la victime de pardonner, on demande au prédateur de promettre.
Pourquoi acceptons-nous encore que des adolescentes vivent dans la terreur ? Parce que nous avons érigé le domicile en zone de non-droit. Le slogan tacite « ce qui se passe sous mon toit ne regarde personne » est une condamnation à mort. Le silence des voisins et la passivité de l’entourage ne sont pas de la discrétion : c’est de la complicité. Dénoncer un père violent n’est pas une trahison de l’honneur, de la horma, c’est un acte de survie.
Le statut de père ne doit plus être un bouclier juridique. En lui rendant Asma, le système a validé l’idée que sa vie appartenait à son géniteur, et non à elle-même ou à la protection de l’État.
Appel à la vigilance et à la rupture
Nous appelons aujourd’hui à une mobilisation totale des consciences. Nous ne pouvons plus accepter que des mineures soient remises entre les mains de leurs agresseurs sous prétexte qu’ils sont leurs « tuteurs ».
Nous exigeons :
- La fin des engagements écrits comme réponse aux violences physiques graves. Un bourreau ne change pas avec une signature.
- La formation urgente des forces de l’ordre à la détection du danger de mort imminent. « Il va me tuer » doit déclencher une protection immédiate, pas une médiation.
- Une vigilance citoyenne : Ne détournez plus le regard sous prétexte que « cela se passe chez les voisins ».
Asma n’était pas résignée. Elle a lutté, elle a parlé, elle a cherché de l’aide jusqu’au bout. C’est nous qui avons été sourds. Que son nom soit le dernier sur cette liste de la honte. Il ne s’agit plus de pleurer, mais de brûler ce voile de silence qui étouffe nos enfants.